Le Zizi sous cloture inaugure la culture (Robert Dehoux)

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Nous ne sommes pas faits pour vivre comme nous.

Allez donc dire au lion que si on le tient en cage,

C’est pour qu’il n’aille pas se perdre en brousse…

Les veaux se vendent au poids,

Les hommes se vendent au mois

Le train-train quotidien va bientôt dérailler,

Qui veut rester dedans n’a qu’à bien s’accrocher

… et autres réflexions dignes d’intérêt sur l’esclavage

imposé à soi et aux autres par la civilisation du profit.




L’irréductible Robert Dehoux signe ici, avec beaucoup d’humour, un percutant brûlot contre notre société et un magnifique plaidoyer en faveur de la liberté. En remontant aux origines de la glorieuse Civilisation, de notre servitude moderne, en exposant l’absurdité de l’idée de Progrès, du travail ou encore de la religion, il nous montre comment notre ancêtre Cro-Magnon, libre, joyeux et rêveur, a justement été travaillé pour devenir ce sapiens — vanité oblige — destructeur, aliéné, dépossédé, captif.

Robert Dehoux nous invite, et toujours jovialement, à résister, à renouer avec cet ancêtre des temps précatastrophiques en recouvrant notre amour du sauvage, du libre et du bigarré, des étoiles et des forêts, de la boue, de la brousse, du partage et du rêve.


La chronique suivante est celle du film éponyme, réalisé par Robert Dehoux à partir de son livre : « Dans la grande tribu cinématographique des bricoleurs de génie, Robert Dehoux occupe une place à part, celle d’un irréductible rebelle. Venu au cinéma sur le tard, la septantaine bien portée, il réalise en parfait insoumis un percutant brûlot, Le Zizi sous clôture inaugure la culture. Sans aide aucune, il réinvente le cinéma d’agit-prop, nous concoctant un film-tract iconoclaste et pétaradant, dans lequel il développe une formidable critique de notre vie quotidienne et une non moins passionnante façon d’en finir avec ce monde régi par notre peur et notre mépris de la vie à l’état de nature. Le propos du Zizi est simple. Il agit avec une économie de moyens étonnante pour réduire à néant cette logique de vie qui nous amène à défendre la sécurité technologique du civilisé contre le bien-être naturel des sauvages. Avec un humour dévastateur et un goût décapant pour le burlesque, Robert Dehoux décortique les rouages de cette invraisemblable machine à fabriquer de l’homme domestique. Dès le berceau, il nous montre ce que tout bébé doit subir d’odieux et de ridicule pour devenir un homme, ou une femme, ensapé et soumis, il pourfend l’absurdité des contraintes mises en oeuvre pour forcer ce petit homme nu à accepter l’argent et la culotte (par exemple) comme autant de nécessités vitales et, alliant la dérision au vitriol, il stigmatise les valeurs de la civilisation comme autant d’expressions d’une même aliénation qu’il refuse et rejette en bloc. Aux cris de ya basta le progrès technologique et ses conséquences catastrophiques, Robert Dehoux envoie dinguer histoire et culture et retrouve sous les pavés, la plage, sous le bitume de nos vies bétonnées, la gratuité de la terre et le plaisir de courir libre et nu. Cet enjeu énorme dynamitant notre présent aseptisé, Le Zizi le tient jusqu’au bout et ne recule pas devant cette terrible question : comment faire en pratique pour enrayer tout le bazar et reprendre enfin pied sur terre? C’est sur une solution simple et ludique, à la portée de tous et d’un radicalisme à faire frémir les champions de la révolution, que Robert Dehoux conclut magistralement ce Zizi qui éclate comme un immense appel à la vie sur la face d’un monde tout investi de servitude volontaire. »

– Philippe Simon pour www.cinergie.be

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