Mais précisément, les enfants, dans notre société actuelle, n’ont pas de possibilités de se défendre, parce qu’ils sont physiquement plus faibles, parce qu’ils n’ont aucune autonomie financière, sociale et émotionnelle et, plus grave, parce qu’ils ne sont pas protégés par le droit. À ce jour, les enfants constituent en effet la seule population encore privée de droits fondamentaux, c’est-à-dire cantonnée au statut juridique de « mineur », statut qui était encore celui des femmes en France jusqu’en 1938 voire 1965.
Ces violences constituent un continuum. Et en 2024 les chiffres officiels estiment qu’1 enfant rien qu’en France subit une agression sexuelle toutes les 3 minutes. Cela est rendu possible parce qu’en amont de cette agression existent des habitus de domination voire d’écrasement très solides, le plus souvent au nom de « l’éducation ».
Jusqu’à présent, de nombreux travaux scientifiques internationaux ont étudié les phénomènes de domination et de discrimination en fonction des appartenances ethniques ou raciales, en fonction du genre, de l’orientation sexuelle, du choix religieux, des populations discriminées et dominées. L’étude de l’âgisme (la discrimination liée à l’âge) se développe, mais elle concerne en général les personnes les plus âgées ou les « jeunes », c’est-à-dire des personnes n’étant plus des enfants.
Les textes rassemblés ici, issus du colloque Misopédie qui s’est tenu à Limoges en 2024 analysent ainsi les phénomènes de domination, de discrimination adultiste dont sont aujourd’hui victimes les enfants. Que ce soit sur le plan juridique, psychologique mais aussi dans les diverses représentations fictionnelles, dont on sait l’importance primordiale pour l’élaboration d’une vision individuelle et collective donc d’un comportement à l’égard des plus jeunes de notre société.
Présentation de la directrice de l’ouvrage et organisatrice du colloque
Cécile Kovacshazy est maîtresse de conférences habilitée en littératures comparées à l’université de Limoges. Ses recherches sont consacrées à des populations minorées et dominées, par le biais de la fiction littéraire : les Tsiganes, l’Europe centrale, les « sorcières », les bonnes et femmes de ménage, les éco-anxieux et les humains les plus jeunes.
Parmi ses publications : Littératures romani : construction ou réalité ? (2008, 2009), Une ou des littératures tsiganes (2010), Simplement double (2012), Précarité (avec R. Böhm, 2015), Serpillières et mansardes (2024), Littératures tsiganes (à paraître en 2026), Dix Questions sur la misopédie (à paraître en 2026).
Suite à ce premier volume consacré à définir la misopédie, deux autres volumes paraîtront, le deuxième consacré à la misopédie dans les institutions contemporaines et le troisième à la misopédie dans les arts et la littérature.
Autrices et auteurs des textes
Tanu Biswas
Tanu Biswas est une philosophe enfantiste qui étudie les relations intergénérationnelles aux intersections de l’éducation, de la pédagogie, de la justice climatique, de la décolonialité et de la méthodologie qualitative. Son travail utilise l’expérience vécue comme moyen de théoriser. Elle est maîtresse de conférences en pédagogie à l’université de Stavanger et codirectrice du Childism Institute depuis 2021.
Sébastien Charbonnier
Sébastien Charbonnier est enseignant-chercheur en philosophie de l’éducation à l’université de Lille (CIREL). Il travaille sur les dimensions épistémologiques et politiques des apprentissages, et oeuvre à problématiser la domination par l’ancienneté. Ses derniers ouvrages sont : Pouvoir et Puissance, Vrin, 2025 et La Fabrique de l’enfance. Anthropologie de la comédie adulte, Éditions lundimatin, 2025.
Laelia Benoit
Laelia Benoit est pédopsychiatre et sociologue, chercheuse associée au Yale Child Study Center et au Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP) de l’Inserm. Elle est l’autrice de L’Adolescent fragile, peut-on prédire en psychiatrie ? (Recherches, 2016), Phobie scolaire (Vigot, 2020) et Infantisme (Seuil, 2023).
Daliborka Milovanovic
Daliborka Milovanovic a co-fondé et dirige les éditions Le Hêtre Myriadis. Elle a été journaliste et rédactrice en chef de la revue Grandir autrement, spécialisée sur l’éducation. Elle mène, par ailleurs, un travail de recherche indépendant, transversal et pluridisciplinaire sur l’enfance, la maternité, les structures de domination, ainsi que la construction et la diffusion des savoirs dans une perspective écoféministe. Elle publie régulièrement des articles dans divers revues, médias ou ouvrages spécialisés, et est l’autrice des sites internet Le Gai Savoir – philosophie, éducation, écologie : www.daliborka-milovanovic.fr/ et Enfantillage – Prendre les enfants au sérieux : enfantill-age.fr/.
Eleonora Florio, Ilaria Castelli et Letizia Caso
Eleonora Florio est docteure en « Formation du capital humain et relations de travail » (cursus : psychologie clinique), psychologue clinicienne et psychothérapeute. Elle collabore actuellement à des recherches sur le bien-être dans la relation adulte-enfant. Professeure vacataire en psychologie du développement, elle est également collaboratrice académique dans les enseignements de psychopathologie, psychologie de l’enfant, psychologie du développement, psychologie des processus évolutifs et éducatifs pour l’inclusion tout au long du cycle de vie, psychologie de l’éducation et du projet de vie.
Ilaria Castelli est psychologue et professeure titulaire en psychologie du développement et de l’éducation à l’université de Bergame. Elle est vice-directrice du département des sciences humaines et sociales, et préside le master en sciences de la formation primaire. Elle est également membre du conseil scientifique du doctorat en « Sciences humaines et nouveau bien-être ». Ses recherches portent principalement sur la théorie de l’esprit (Theory of Mind) et sur les dynamiques de la relation éducative dans une perspective développementale.
Letizia Caso est professeure associée en psychologie sociale à l’université LUMSA de Rome, où elle enseigne la méthodologie de la recherche psychosociale, les processus bio-psycho-sociaux liés au témoignage, ainsi que la psychologie légale et communautaire. Elle est membre de comités scientifiques nationaux et internationaux et dirige le master en psychologie de l’exécution pénale et gestion des auteurs d’infractions. Ses recherches et ses activités de formation portent notamment sur la protection de l’enfance, les violences fondées sur le genre, la parentalité et la déviance juvénile.
Marc-André Cotton
Marc-André Cotton est psychohistorien et porte-parole de Regard conscient, un projet de recherche fondé en 2002 et consacré aux conséquences de la violence éducative ordinaire, dans la continuité des travaux d’Alice Miller et de Sylvie Vermeulen. Il est l’auteur de nombreux articles et d’un livre sur les conséquences de la pédagogie noire pendant les années de la présidence de l’Américain George W. Bush. Il préside aujourd’hui l’Association internationale de psychohistoire, basée à New York.
Carine Laurent-Boutot
Maîtresse de conférences en droit privé et sciences criminelles à l’université d’Orléans, Carine Laurent-Boutot est spécialiste de l’application des droits fondamentaux dans les rapports entre personnes privées et dans la circulation normative entre les ordres juridiques. Plus récemment, ses travaux s’articulent autour de la coordination entre droits fondamentaux et bioéthique, qu’elle envisage dans un dialogue pluridisciplinaire au sein d’un groupe de réflexion « Science et conscience ».
Olivier Maurel
Olivier Maurel, né à Toulon deux ans avant la Seconde Guerre mondiale, est marqué par les bombardements de sa ville natale et par la déportation de sa soeur. Professeur de Lettres, pacifiste et non-violent, il s’interroge sur l’origine de la violence. Il trouve une réponse dans les ouvrages d’Alice Miller et la violence faite aux enfants. Il écrit plusieurs livres sur ce sujet, parmi lesquels La Fessée, Questions sur la violence éducative (Paris, La Plage, 2001), Oui, la nature humaine est bonne (Paris, Robert Laffont, 2009), La Violence éducative, un trou noir dans les sciences humaines (Paris, L’Instant présent, 2012), Vingt siècles de maltraitance chrétienne des enfants (Paris, Encretoile, 2015) et Une rupture méconnue dans l’histoire de l’humanité (à paraître).
Mathilde Lévêque
Mathilde Lévêque est professeure de littérature pour la jeunesse à l’université Sorbonne Paris-Nord et membre de l’équipe de recherche Pléiade (ER 7338). Elle est responsable du fonds « Livres au trésor », collection de livres jeunesse labellisée Collection d’excellence. Elle participe au projet européen GBOOK, qui travaille à la promotion de livres pour enfants et pour adolescent·es non stéréotypés du point de vue du genre et luttant contre les discriminations.
Dernières publications : Les Voix de la traduction, Classiques Garnier, 2023 ; « Critique. La littérature de jeunesse, ça n’est pas très sérieux ! » in La Littérature de jeunesse, c’est… De quelques idées reçues, Pierre-Louis Fort et Virginie Tellier (dir.), Presses Universitaires de Bordeaux, 2025.
Yves Bonnardel
Yves Bonnardel, militant de terrain et penseur égalitariste, est engagé notamment contre le suprémacisme humain et l’exploitation animale et contre l’âgisme et la mise sous séquestre des personnes mineures. Il a codirigé La Révolution antispéciste (Presses universitaires de France, 2018), coécrit Solidarité animale. Défaire la société spéciste (La Découverte, 2020) et publié La Domination adulte (Le Hêtre Myriadis, 2015).
Thierry Pardo
Thierry Pardo (Ph. D. Éducation, Ms Géographie) est chercheur indépendant associé à l’UQAM (université du Québec à Montréal), écrivain-voyageur et conférencier au long cours. Spécialiste des éducations alternatives, auteur d’une vingtaine de livres sur le sujet (parmi lesquels Une éducation sans école, 2014 ; Au nom du pire, 2022), également papa de deux enfants ayant longtemps grandi sans école, il parcourt la francophonie pour présenter les mille et un bonheurs d’une éducation libertaire. Thierry Pardo est également responsable de la formation en ligne des « Pirates de l’éducation ».
Vincent Lagarde
Après avoir été agriculteur et élu rural durant 25 ans, Vincent Lagarde est devenu maître de conférences en gestion, spécialiste des questions rurales, à l’université de Limoges. Outre les mutations des entreprises agricoles, il s’est intéressé aux conséquences du retour des loups en France, aux conflits environnementaux en ruralité, ou aux cabanes de chasse comme hétérotopies. Il a également tenu en famille une auberge rurale, où les enfants étaient les bienvenus.
INTRODUCTION : Cécile Kovacshazy
PARTIE 1 : Comment nommer la réalité misopède
Tanu BISWAS, « Childism beyond ‘children’ »
Sébastien CHARBONNIER, « Misopédie ou pédophobie : les enfants sont-ils source de haine ou de peur ? »
Laelia BENOIT, « Infantisme ou Childism, histoire d’une notion »
PARTIE 2 : A quoi reconnaît-on la misopédie ?
Eleonora FLORIO, « Adultcentrism and Bleak Pedagogy: dancing on the edge between child-rearing and oppression »
Daliborka MILOVANOVIC, « Séparer, contenir, surveiller : des structures élémentaires de la domination adulte »
PARTIE 3 : Lois et règles
Marc-André COTTON, « Comment les sciences du comportement justifient la domination adulte : revue d’études publiées depuis un demi-siècle »
Carine LAURENT-BOUTOT, « L’intersexuation de l’enfant, expression de la misopédie : le rôle du droit »
PARTIE 4 : La domination là où on ne l’attend pas
Olivier MAUREL, « La misopédie vue de la préhistoire »
Mathilde LEVEQUE, « La misopédie dans la littérature pour la jeunesse : évidence ou point aveugle ? »
PARTIE 5 : une organisation sociale misopède
Thierry PARDO, « Le vocabulaire du management scolaire : un ami qui veut votre bien, et qui l’aura ! »
Yves BONNARDEL, « La violence symbolique envers les enfants »
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