“Balade astrale” est le troisième volet du tryptique sorti en 2024 par MC Solaar. Il revient avec Charline Vanhoenacker sur son parcours, sur cet album et créent même ensemble les premières phrases du prochain…
MC Solaar est reconnu et réputé pour son écriture, depuis Bouge de là à ce triple album sorti 7 ans après le précédent, le rappeur se différencie par son style d’écriture et par son calme ou sa sagesse.
Un jour qu’il était en Belgique, Solaar tombe sur un ouvrage de Robert Dehoux “Le zizi sous clôture inaugure la culture”, paru aux éditions Libre. On y lit par exemple que “les veaux se vendent au poids, les hommes se vendent aux mois”, il y découvre aussi que la première forme d’entrave sur l’homme est cette couche qu’on lui met lorsqu’il naît. Le livre lui a inspiré le titre Révolution industrielle dans ce Balade Astrale, dernier opus du triptyque, un voyage dans l’histoire de l’économie mondiale. L’écriture chez Solaar est depuis toujours largement inspirée par ses lectures : enfant, il fréquente la bibliothèque municipale à Villeneuve-Saint-Georges où il grandit, puis la BPI du Centre Pompidou à l’adolescence, où “je prenais un livre au hasard pour voyager dans un univers neuf”.
Bouge de là, écrit pour une invitation à venir à la radio
Son premier tube, “Bouge de là” était d’abord une chronique radio. “Cela a été facile à écrire car je venais à l’école de lire le roman picaresque où les gens bougent , qui vint de là à là.” Un titre écrit la veille, assez simple, en cycles de 4, suite à un coup de fil de Dee Nasty l’invitant à passer à la radio. Serait-il devenu rappeur sans ce coup de fil ? “Heureusement qu’on a été appelé !“
Un jour qu’il était dans le métro, il tombe sur un groupe de personnes en train de perdre leur emploi chez Usinor Sacilor. Ils lui ont inspiré les mots “On tape sur du métal pour que la vie soit belle”. Le morceau a été fait par ses compères de Black Rose Corporation qui l’ont obligé à poursuivre après les 4 premières phrases et le gardent au studio. “Ça aurait pu faire deux minutes et puis finalement ça en fait beaucoup plus parce que ça raconte une histoire du siècle. C’est mélangé aussi avec un droit à la paresse, en fait, j’ai convoqué tout ce que j’avais puisque j’étais enfermé au studio.” Un droit à la paresse qu’il revendique aussi.
Rappeur à soixante piges ?
Claude MC a passé la cinquantaine et s’avance tranquillement vers la soixantaine, l’âge de sagesse des rappeurs ? “Dès que ‘j’ai eu 18 ans, j’étais déjà très sage, j’avais une façon d’écrire qui était posée, j’essayais de ne pas faire de compétition ou d’agression, j’étais assez respectueux des différentes personnes et strates de la société. J’ai l’impression que j’étais déjà sage ou mature.” En y repensant, il avoue avoir écouté les messages de ses profs : ouverture d’esprit, singularité, poésie.
Et le rap dans tout ça ? Pour Solaar, malgré toutes les tentatives de faire de cette musique un art qui ne parle pas de la vie quotidienne, le rap a gagné la bataille culturelle. Il explique que la rance a eu la chance d’avoir des piliers qui n’étaient pas des stéréotypes, comme I AM ou lui-même, ce qui fait que les générations arrivées depuis, même s’il y a un peu cette habitude de misogynie ou d’ego trip, “ils ont quand même des choses qui ont l’air sérieuses, qui servent à leurs générations“.