Le Portrait d’un colonialiste proposé par l’anthropologue Jérémie Piolat permettra de nourrir les réflexions des Blanc·hes qui entendent s’engager dans la lutte antiraciste. C’est « d’abord à la culture, la philosophie, la manière de vivre des Blancs » que s’intéresse l’auteur. Il est parti « du sentiment […] que les pratiques, savoirs et virtuosités culturelles populaires ont dépéri en Europe chez les Européens de l’Ouest euro-descendants » et s’interroge alors sur les conséquences que cette perte peut avoir dans le maintien du racisme structurel. Exemples à l’appui, Jérémie Piolat cherche à montrer que la rencontre avec des personnes appartenant à des peuples extra-occidentaux agit parfois comme révélatrice de la vacuité des cultures populaires des personnes qu’il qualifie, plutôt que de « Blanc·hes », d’euro-centrées. Il cite notamment la musique et des danses, en interrogeant le fait que les Occidentaux se sentent souvent légitimes à intégrer des danses populaires non-occidentales, sans se poser la question de leur apprentissage comme ils le feraient devant un ballet d’opéra. Il rappelle aussi que les États-nations modernes se sont construits en menant des politiques d’éradication linguistique sur leurs territoires, et en imposant une culture nationale — et nationaliste — aux populations, effaçant ainsi peu à peu leurs singularités. Jérémie Piolat nous invite à retrouver les histoires de nos pertes et à les remettre en partage pour sortir de cette idée que nous serions à même d’écouter la douleur des autres parce que tout irait bien chez nous. Car, « comment prétendre soutenir ceux qui se battent aujourd’hui pour préserver leur mode de vie, leur culture et son devenir » si nous avons tout oublié de ce qui est arrivé aux nôtres ? À travers cette démarche, les groupes euro-centrés pourront peut-être parvenir à provincialiser l’occidentalisme et « s’ouvrir à d’autres manières d’être, d’habiter le monde, mais aussi d’analyser et de produire des connaissances. » [L.]